Yazid : décrire la colonisation française en Algérie
En amont de son texte, le rappeur Yazid introduit dans son clip, un extrait du général De Gaulle prononçant "Je sais ce qui s'est passé ici". Il s'agit de la phrase qui suit le fameux "Je vous ai compris" du 4 juin 1958. Discours ambigu que la plupart des pieds-noirs prennent pour un signe d'allégeance à l'Algérie française. Le rappeur Yazid joue habilement de cette ambiguïté. Grâce à un extrait tronqué, la citation de De Gaulle prend un nouveau sens (fictionnel) : De Gaulle aurait évoqué les crimes de la colonisation et de la Guerre d'Algérie. Ce faisant, il se serait montré dès ce discours favorable à l'indépendance de l'Algérie.
Yazid commence par prendre le point de vue Pieds Noirs : "Dites-moi qui peut m'ordonner de quitter ce pays où je suis né ?". Avant d'évoquer un idéal de justice sociale du positionnement indépendantiste : "Mes frères décidèrent la guerre pour reprendre nos terres. Rendues fertiles à la sueur du front de mes pères longtemps piétinés. Les genoux trop longtemps pliés". L'objectif principal est de montrer les prolongements de la Guerre d'Algérie, dans les mémoires (ce qu'il nomme le souvenir 62) et dans les mentalités. Le message est clairement politique. Lors du conflit, l'extrême droite est omniprésente. Yazid évoque ainsi le lien entre le conflit et l'extrême droite en évoquant l'Organisation Armée Secrète et le Front National :
"Ne voyez vous-pas pourquoi le FN milite
Pourtant son discours antisémite est explicite
L'extrême droite, qui n'en connait pas l'éthique
Faut-il les laisser passer du théorique à la pratique".
S'ils dénoncent la violence coloniale et les violences de l'extrême droite, ce rap comme Médine dans Alger Pleure, se veut rassembleur : " il est temps de tourner la page. Même pour ceux qui avec l'âge n'ont pas digéré d'avoir dû plier bagages".
Il finit par conclure en évoquant le "borgne" en référence à Jean Marie Le Pen, qui a commis de nombreux actes de tortures en Algérie. Pour finir son rap en appelant à la solidarité face aux menaces de l'extrême droite :
"Quelques mots pour la fin
Car le borgne revient
Il nous appartient de renforcer nos liens
Car celui-là même qui fit souffrir plus d'un des miens
Je le vois bien déclencheur de l'apocalypse de demain"
